Transport aérien : à quand l’abolition des privilèges ?

Face à l’urgence écologique à laquelle nous faisons face, tous les secteurs se doivent de prendre leurs responsabilités. Force est de constater que le transport aérien échappe à cet énoncé de bon sens. A quand une vraie prise en charge de la question ?

L’aérien, un secteur polluant

Pourtant, l’avion reste un moyen de transport extrêmement polluant : rien qu’en termes d’émissions de CO2, il rejette 285 grammes par passager et par kilomètres. En comparaison, ce sont 55 grammes par kilomètre en voiture, et seulement 14 grammes en train. En France, les vols intérieurs ont représenté en 2017 pas moins de 4,5 millions de tonnes d’émissions de CO2 !

Cette pollution imputable au secteur aérien ne semble pas prête de décroître, au contraire. Selon un rapport émanant des institutions européennes de janvier 2019, ces émissions ont connu une croissance de 10% entre les années 2014 et 2017, arrivant au stade record de 163 millions de tonnes annuelles. L’augmentation du nombre du voyageur·se·s va sans aucun doute aggraver la situation dans les mois et années à venir.

La situation législative actuellement en place, largement favorable à l’expansion du transport aérien, va pour l’instant dans le mauvais sens. En effet, la convention internationale de Chicago, ratifiée par la France en 1944, préserve de toute taxation le kérosène à destination des vols internationaux. Elle ne précise rien quant aux vols internes : rien n’empêche donc la France de mettre en place de tels prélèvements, à l’instar d’autres pays signataire de ladite convention, comme les Pays-Bas, le Brésil ou encore le Japon. Il s’agit de plus d’un manque à gagner pour le gouvernement français, estimé à 3 milliards d’euros pour l’année 2017 par un rapport du Réseau Action Climat (1), qui précise bien que le kérosène est la seule énergie fossile bénéficiant d’une telle niche fiscale aujourd’hui.

Des possibilités politiques, un gouvernement défaillant

Face à ce constat, de nombreuses possibilités politiques s’offrent à nous, afin que l’Etat se saisisse pleinement de cet enjeu majeur dans le cadre d’une transition écologique efficace.

La dérégulation du secteur a entraîné une explosion des compagnies low-cost, qui proposent des vols toujours moins chers, y compris sur de très courtes distances. Le fait que le kérosène soit exempt de toute taxation contribue également à une baisse des coûts des billets, rendant ce mode de transport toujours plus accessible, malgré ses conséquences écologiques désastreuses. Une reprise en main de l’Etat sur ces aspects serait une avancée majeure pour une transition écologique plus juste.

Hélas, ce n’est pas la direction que choisit le gouvernement d’Emmanuel Macron dans ses actions au quotidien. Malgré un discours de façade, tout en greenwashing, notre « champion de la Terre » n’a de champion que le titre, et favorise une écologie punitive qui ne répond à la fois ni aux attentes de nos concitoyen·ne·s, ni aux impératifs écologiques actuels. La façade largement mise en avant durant la campagne pour les élections européennes ne correspond pas à la réalité des agissements – et non-agissements – de la majorité En Marche en la matière. La niche fiscale dont bénéficie le kérosène, par exemple, n’est pas remise en cause par le gouvernement français, et semble avoir de beaux jours devant elle. Ce-dernier n’apporte pas non plus le soutien nécessaire au secteur ferroviaire, qui représente pourtant une alternative crédible et viable au transport aérien.

Des propositions concrètes

Au sein de la France insoumise, nous nous engageons fermement en faveur d’une transition écologique juste, qui met le poids de leurs responsabilités sur les pollueurs avant tout. C’est pourquoi nous proposons des mesures ambitieuses, à la hauteur des enjeux que pose le défi climatique auquel nous faisons face.

A l’occasion de la loi LOM (loi d’orientation des mobilités), en débat à l’Assemblée depuis le 3 juin, nous avons déposé plusieurs amendements visant le secteur du transport aérien. Nous proposons ainsi tout d’abord de taxer le kérosène, de mettre fin à la niche fiscale dont il profite, et qui permet aux compagnies aériennes de pratiquer des tarifs imbattables. En complément, nous défendons plusieurs mesures visant à favoriser le ferroviaire, le train étant un moyen de transport bien moins polluant que l’avion. Il s’agit avant tout de le rendre plus attractif d’un moins de vue tarifaire, et d’en refaire un véritable service public de proximité, accessible à tou·te·s. Enfin, nous souhaitons que le Gouvernement remette au Parlement un rapport d’information à propos des trajets effectués en avion mais qui pourrait éventuellement l’être en train, afin d’évaluer la marge de manoeuvre de la puissance publique à ce niveau.
C’est d’ailleurs le sens de la proposition de loi déposée par mon collègue François Ruffin, député insoumis de la Somme (https://francoisruffin.fr/loi-aerien-train/) que je co-signe. Elle vise en effet à interdire les vols internes « substituables par un trajet en train », lorsque l’avion ne fait pas gagner plus de 2h30 par rapport au transport ferroviaire. Il s’agit là d’une mesure concrète, en phase avec la réalité des exigences écologiques, qui permettrait un impact direct sur les émissions de CO2 en France. Le groupe de la France insoumise portera et défendra donc ce projet de bon sens dans l’hémicycle, en accord avec nos convictions profondément écologistes.

J’ai, enfin, signé cette pétition, que je vous invite à signer et partager autour de vous. Elle se situe directement dans la lignée des revendications de la France insoumise concernant le transport aérien, réclamant notamment la taxation du kérosène, l’interdiction des vols intérieurs, et la mise en place d’une taxe sur les billets d’avion.

Il est grand temps de prendre la mesure de l’urgence climatique et d’agir en conséquence, en mettant en place des mesures ambitieuses allant dans le sens de la justice sociale et climatique, indispensables au bien-être de l’humanité.

(1) https://reseauactionclimat.org/wp-content/uploads/2017/08/les-aides-au-transport-aerien-dommageables-au-climat-et-injustes.pdf

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