Pas de trêve – hivernale – pour les habitants des bidonvilles

Après le démantèlement de camps de Roms sur l’échangeur routier entre Lille et Saint-André et au lieu-dit la Poterne à la fin de l’été dernier, c’est avec stupeur que j’ai eu connaissance de nouvelles expulsions, cette fois-ci aux abords du stade Adolphe-Max à Lille, ce vendredi 3 novembre. Les familles ont été chassées de leurs logements de fortune par la force des pelleteuses et avec le concours des forces de la police nationale pendant que des agents municipaux nettoyaient le site.
Pourtant, la trêve hivernale qui protège les locataires des expulsions pendant la froide saison est en vigueur depuis le 1er novembre. Et les bidonvilles, en tant que « lieux habités », sont eux-aussi censés être protégés par la trêve depuis la promulgation de la loi du 27 janvier 2017 et comme dispose son article 143.
Ce vendredi j’étais en séance publique à l’Assemblée nationale. Nous étions en train d’examiner les amendements sur la mission « Cohésion des territoires » pour le projet de loi de finance 2018. J’ai donc mis mon équipe d’attachés parlementaires en circonscription sur le coup.
Nous avons cherché à comprendre pourquoi une quinzaine de personnes dont 8 enfants se sont retrouvées délogées de leur campement de fortune. Peut-être y avait-il une raison « valable » ? Au moins sur le plan juridique ?
Mon équipe s’est rendu sur place et nous avons vu le désœuvrement de ces familles assistant à la destruction des quelques planches qui leur servaient de toit. Nous avons cherché à comprendre ce qu’ils se passaient avec l’aide des associatifs. Sans grand succès.
Sur place on invoque un délit d’occupation illégale du terrain de moins de 48h. Cela déclenche une procédure judiciaire de flagrance. Cependant, selon les associations qui se chargent du suivi des familles, ces dernières étaient présentes sur place depuis le 10 octobre, et suivies depuis le 17 octobre par la Sauvegarde du Nord. Nous savions déjà que l’argument des 48h ne tenait pas. François qui travaille dans mon équipe passe devant les campements depuis plusieurs semaines pour venir travailler.
La procédure semble donc tout à fait illégale et arbitraire.
Selon Nord-Eclair, Martine Aubry avait déjà fait intervenir ses policiers municipaux la veille pour demander aux « migrants » de partir. Cependant aucune décision de justice ne permettait l’expulsion. Pourquoi la police de la mairie fait pression sur les populations Roms ? Aucune réponse n’a été fourni à ce même journal pour expliquer ces faits. Le délit d’occupation illégale de moins de 48h, et donc l’enclenchement d’une procédure de flagrance, serait-il une invention pour camoufler l’illégalité de la décision et le concours de la municipalité à la chasse aux bidonvilles ? 
A ce moment de nos investigations, une seule question devient centrale : mais de où provient l’information erronée indiquant que ces familles étaient présentes depuis moins de 48h ? Je suis cela en temps réel sur mon smartphone à l’Assemblée. Je donne des consignes à mon équipe sur les personnes à contacter pour tirer cette affaire au claire. Rapidement, les questions sans réponse se multiplient. La préfète déléguée à l’égalité des chances : en congés. La directrice départementale de la cohésion sociale : en congés également. (N.B. : le fait d’être en congés n’est pas un reproche, il est mérité, ce n’est ici qu’un état de fait) L’opération ne semble donc pas avoir été mise en oeuvre sous un angle « social ». Je propose donc de creuser sous l’angle « sécurité ». Nous avons contacté en premier lieu la Direction Départementale de la Sécurité Publique (DDSP) pour obtenir de plus amples explications. Réponse : «  Monsieur le Directeur ne souhaite pas s’exprimer sur ce sujet ». Drôle de manière de répondre aux interrogations d’un représentant de la nation. En général, quand les choses sont fondées, pas de difficultés à expliquer les raisons d’une intervention, ne serait-ce que sur le plan juridique.
Nous poursuivons ensuite par le cabinet du préfet. Bonne pioche ! Enfin presque. On nous apprend que l’opération a eu lieu à la demande de la ville de Lille. On nous précise d’ailleurs que d’après la municipalité, on aurait vu un militant du collectif roms de la Métropole lilloise aider à installer le campement la veille (d’où le délai de moins de 48h). Annonce très étrange de parler de Dominique Plancke comme artisan de ce campement de fortune. Après un rapide coup de téléphone auprès de lui on apprend qu’il est depuis plusieurs jours dans le sud de la France. Et il aurait suffit à la mairie ou à la police de suivre son compte Twitter pour éviter de fonder une évacuation d’un camp basée sur de fausses rumeurs.
Pour en avoir le cœur net, j’ai demandé à mon équipe de joindre la Mairie de Lille à ce sujet. Le directeur de cabinet est en congès. Le cabinet de madame la Maire nous indique tout de même qu’il s’étonne de notre démarche nous renvoyant vers un service presse injoignable… Ils ne doivent pas avoir l’habitude d’être dérangé de la sorte par un parlementaire. Il faudra pourtant s’y habituer.
On nous a aussi laissé entendre que ces populations Roms auraient pu gêner le voisinage. Soit, mais il n’y a aucune maison aux abord immédiats des campements. Et on ne nous a jamais montré cette plainte évidemment.
 
Bref, mon équipe en aura écouté des jingles et autres musiques d’attente pour finalement se retrouver sans réponse. Une chose est sûre : tout porte à croire que c’est une initiative purement municipale. Nous n’avons aucune information sur les motifs de cette expulsion, ni sur les solutions de relogement suite à l’évacuation. Et pour cause, il n’y en a pas eu.
A croire que lorsqu’on expulse des personnes, ils disparaissent ou s’évaporent dans la nature voyant le problème se régler comme par miracle…Enfin, il semblerait que la Mairie se représente les choses de cette façon. Elle ne veut pas voir la conséquence directe. Ces personnes « évacués » viennent gonflés d’autres bidonvilles dans la Métropole déjà saturés multipliant les risques pour leurs habitants. C’est d’ailleurs ce que nous ont rapporté les associations qui les suivent. Elles savent qu’ils ont justement rejoint un autre camp de fortune déjà saturé. Elles les aident en trouvant des tentes et des couvertures pour se protéger du froid et de la pluie car les acteurs publics n’ont absolument rien mis en place pour les protéger.
Pour nous ce 3 novembre, c’est sans fondement et pendant la trêve hivernale que plusieurs familles avec enfants se retrouvent une fois de plus face à l’absurdité d’une expulsion sans aucune proposition de relogement. Nous le dirons chaque fois que cela sera nécessaire : pour quiconque se dit vouloir régler le problème, ces expulsions à répétition sont sans effet sur l’apparition de bidonvilles dans la métropole ! Pire, à la veille de l’hiver, elles sont purement et simplement un danger pour la vie des personnes humaines concernées.
Nous demandons donc des explications claires sur cet événement. Je suis ouvert aux échanges afin de trouver des solutions concertées dans l’intérêt du voisinage et des populations concernées.
Je demande solennellement à Martine Aubry de cesser ses demandes et ses concours aux évacuations de camps sur la base de motifs fallacieux. 
En attendant, face aux faits accomplis, je compte sur elle pour assurer la prise en charge des familles roms livrées à elles-mêmes, suite aux décisions de la mairie qui les ont mis dans cette situation. 

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