Immigration : stop à l’organisation politique de la violence

Il y a un an entrait en vigueur la loi « pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie » et nous dénoncions, avec les associations et les personnes migrantes, l’organisation politique de la violence que celle-ci mettrait en œuvre. Les faits nous ont donné raison, et nous n’en tirons aucune satisfaction.

Les faits, ce sont les tentatives de suicide en centre de rétention, l’enfermement de familles, de nourrissons ; les jeunes mineur·es isolé·es qui se terrent de peur d’être fiché∙es ou sont emprisonné∙es parce qu’un doute est émis sur leur âge ; ce sont les mort·es dont les corps s’accumulent sur les trottoirs, sous les ponts ou dans les parcs de nos villes, au fond des cales des camions qui traversent la Manche, sur les chemins de randonnée entre les cimes enneigées. Les 40 000 personnes mortes ou disparues depuis 2000 dans les eaux rougies de la Méditerrannée.

L’UE investit de l’argent non dans le sauvetage mais dans la persécution des personnes qui migrent : le budget de Frontex est passé de 20 millions en 2006 à 1,6 milliards pour 2019-2020, alors que l’UE annonçait l’arrêt de l’opération Sophia ayant sauvé 45 000 vies.

Cette politique frappe d’abord les personnes migrantes primo-arrivantes mais elle atteint également les associations et citoyen·nes solidaires, notamment aux frontières. Dans la vallée de la Roya, à Calais, à Paris, la situation est explosive. Les associations sont exsangues, les militant·es réprimé·es et mis·es en garde à vue.

Pourtant, malgré la violence, l’horreur et les souffrances, un autre monde est, là aussi, en construction, résistant aux assauts de criminalisation et aux discours de haine déshumanisants.

Ce nouveau monde, c’est d’abord celui des personnes qui migrent, ces deux enfants nés dans un campement éphémère installé dans le parc de la Villette, à Paris, les « gilets noirs » qui, par détresse, sont allés jusqu’à faire irruption au cœur du Panthéon pour exiger de la patrie la reconnaissance de leur labeur quotidien, les salarié·es de Chronopost qui se battent pour leurs droits… Tous et toutes fon(den)t la richesse de la nation.

Ce nouveau monde, c’est aussi celui des citoyen·nes qui s’organisent à la place de, et parfois contre, l’Etat, distribuent un petit-déjeuner, manifestent, hébergent, par devoir d’humanité. Les associations qui redoublent d’efforts sans les moyens nécessaires. Les élu·es qui désobéissent aux directives gouvernementales. Les gens de mer et de montagne qui gravissent les pics et affrètent des bateaux, et qu’on accuse de tous les maux. Les artistes, écrivain·es, journalistes, chercheur·euses qui dévoilent pour mieux la désagréger la cruauté dégénérative d’une Europe qui se perd à se faire peur.

Alors oui, depuis un an, la situation a empiré. Le combat épuise, les victoires sont rares. Le contexte inspire plus souvent le renoncement que l’espoir des jours heureux. Mais cet autre monde affleure avec d’autant plus de vigueur qu’il procède de la lutte commune, humaine, solidaire, pour l’émancipation individuelle et collective.

«Si tu es venu·e pour m’aider, tu perds ton temps. Mais si tu es venu·e parce que ta libération est nouée à la mienne, alors travaillons ensemble»

disait l’artiste, activiste et universitaire du peuple aborigène Murri, Lilla Watson.

Parce qu’aucune victoire sociale, écologique et démocratique n’est possible ni souhaitable en sacrifiant à leur honteuse et mortifère politique antimigrant·es, ensemble, résistons !


Tribune de Danièle Obono, députée de Paris et d’Ugo Bernalicis député du Nord, membres des la France insoumise publiée le 07 octobre 2019 par Libération.

Disponible sur le lien suivant : https://www.liberation.fr/debats/2019/10/07/immigration-stop-a-l-organisation-politique-de-la-violence_1755478

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