Castaner : une doctrine du maintien de l’ordre “barbare”

Vous avez été plusieurs à m’interpeller suite aux propos tenus par Jean-Luc Mélenchon lors de la manifestation sur les retraites du 24 septembre dernier.

Je comprends votre désarroi quant à lire le traitement médiatique autour des propos, et c’est votre droit le plus strict. Pour ma part, et comme pour tous propos tenus par une personnalité politique, je m’attache à prendre en compte le contexte.

Les propos de Jean Luc Mélenchon ont donc été prononcé le 24 septembre lors de la manifestation “retraites” dans une discussion avec des manifestants encore sous le choc des violences policières qui ont marquées la mobilisation pour la justice climatique et sociale de ce 21 septembre.  

Je me permets d’insister sur les circonstances particulières de cette manifestation pour le climat du 21 septembre. Ce sont 4 millions de personnes à travers le monde qui ont manifesté et c’est seulement en France que les manifestants ont souffert d’une répression violente mise en place par le gouvernement à travers les ordres de son ministre de l’Intérieur (1). D’ailleurs, c’est en réaction à cette mobilisation qu’Emmanuel Macron, avec le mépris et une arrogance qu’on lui connait, a invité les “participants” de cette mobilisation à aller manifester en Pologne. Vous noterez que cette formule n’a pas tant secoué ”les grands médias”. Ce sont d’ailleurs ces mêmes médias qui ont déversé sans retenue des critiques à l’encontre de Greta Thunberg, une adolescente particulièrement mobilisée dans la lutte pour le vivant et la planète. Les propos du Président doivent nous interroger en tant que défenseur des droits et des libertés : n’avons-nous plus le droit de manifester en France pour les causes qui nous semblent légitimes ? Pourtant, nous ne pouvons qu’être réceptifs  aux alertes lancées par Greta, puisqu’à la France Insoumise nous partageons son constat. Le Gouvernement, par son inaction, veut nous laisser penser que nous sommes ceux qui nous trompons. Or, nous sommes ceux qui réclamons la transition sociale et écologique nécessaire à notre système au moment de la 6è grande extinction de masse que vit notre planète (2).

Je reviens après ces éléments importants sur les propos tenus par Jean-Luc Mélenchon. Donc, sur des vidéos tournées lors de la manifestation contre la réforme des retraites mardi 24 septembre à Paris, Jean-Luc Mélenchon discute avec des manifestants affirmant avoir été victimes de violences policières lors de la Marche pour le climat du samedi précédant et tient les propos suivants : “Oui, oui, c’est des barbares, soyez prudents, parce qu’ils ne s’arrêtent plus maintenant”.

C’est cette expression qui lui est propre décrit un moment de compassion réel pour des personnes montrant leur indignation face à la répression qu’ils subissent presque systématiquement. Vous noterez que le terme de “barbares” en cause décrit précisément la situation subie par les participants lors de la manifestation pour le climat. Cette expression qualifie les dérives de la doctrine définie par l’actuel ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, qui conduit les forces de l’ordre à une dérive qui n’a pas à ce jour d’équivalent ! Son bilan n’est pas acceptable : 2 morts, 24 éborgnés, 5 mutilés, des perquisitions en cascades, de nombreuses interdictions de manifester et un nombre élevé d’arrestations préventives illégales et illégitimes. Pour être précis, je ne parle pas de celles et ceux qui parmi les manifestants ont commis des violences, mais bien de celles et ceux qui ont manifesté pacifiquement et qui ont vu leur liberté de manifester et leur intégrité physique bafouées du fait de l’inconséquence politique du gouvernement. 

Ne vous y trompez pas, Jean-Luc Mélenchon formule une critique claire et directe contre le système de répression policière que légitime le ministre Castaner. La France insoumise s’oppose à la gestion actuelle du maintien de l’ordre par le gouvernement, celle-ci ne permettant pas d’exercer pleinement et sereinement la liberté de manifester, ni de garantir l’intégrité physique de nos concitoyennes et concitoyens, ni celle des forces de l’ordre. Nos voisins européens font face à des manifestations de la même ampleur si ce n’est plus avec d’autres doctrines comme celle de la désescalade, dont les résultats sont plus acceptables.

Aujourd’hui, devant ces propos, la France insoumise est la cible des médias et des syndicats de Police. Nous assumons défendre une autre idée de la sécurité qui préserve le lien entre le gardien de la paix et le citoyen. Nous n’avons pas à rougir de la cohérence de notre propos à cet égard et en ce sens je ne peux que vous inviter à vous plonger sur les différents documents que nous avons construits : en premier lieu, le livret “Sécurité, retour à la raison  ; mais aussi les nombreux textes comme la proposition de loi relative à la mise en place d’un récépissé dans le cadre d’un contrôle d’identité ; la proposition de résolution tendant à la création d’une commission d’enquête sur les risques psychosociaux dans les forces de gendarmerie et de la police nationales et l’évaluation des dispositifs de lutte contre le harcèlement, la dépression et le suicide au sein des structures de la gendarmerie et de la police nationales ; ou encore la proposition de loi visant à interdire l’utilisation des lanceurs de balles de défense ainsi que des grenades lacrymogènes instantanées de type F4 par les forces de sécurité intérieure.

Malheureusement, cette conception ne plaît pas et c’est pourquoi nous sommes visés par nombre de communiqué de certains syndicats de police. Comme a dit Jean-Luc, reprenant ainsi les mots de Cyrano de Bergerac : “On n’abdique pas l’honneur d’être une cible”.

Mais un nouveau palier a été franchi ces dernières semaines, et ces mêmes syndicats sont sortis du cadre républicain français. En effet, ils visent les magistrats et les groupes politiques d’opposition. Ils remettent ainsi gravement en cause notre état de droit et notre République. 

En manifestant le 26 septembre devant le siège de la France insoumise, ces syndicats de police ne défendent pas la fonction de gardien de la paix mais agissent en officine politique. Leur comportement montre leur mainmise sur un ministre qui se plie ainsi aux plus extrémistes. Devant ce rassemblement haineux et illégal car ne respectant pas les délais du préavis de manifestation qui est de 72h, le Gouvernement n’a rien fait ! Ce comportement valide une volonté de persécution à l’égard de notre mouvement politique, mais bien au-delà il montre une détermination à user de tous les moyens légaux et illégaux pour nous faire plier. 

Notre mouvement la France insoumise continuera de porter le programme de l’Avenir en commun et ses valeurs.

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